« Demain, je consommerai l’énergie que je produirai comme un jardinier mange les légumes de son jardin » 

Artisan du projet au titre d’expert du Centre scientifique et technique du bâtiment et innovateur par conviction autant que par passion, Daniel Quénard a notamment planché sur les indicateurs caractérisant une maison à énergie positive : les indicateurs thermiques, environnementaux et ceux qui relèvent du confort.

Il éclaire son rôle : « Nous sommes en attente des données que peuvent nous fournir les simulateurs – les résidents de la maison - sur la consommation, le chauffage, la ventilation, l’eau chaude sanitaire et le refroidissement par des pompes ou des ventilateurs. Avec la RT 2012, il y a eu un basculement et la consommation due au chauffage a été littéralement écrasée. Les usages électroménagers dépassent le chauffage, l’eau chaude sanitaire et l’éclairage. Il faut distinguer l’énergétique du thermique. Pour moi, le photovoltaïque hors sol s’apparente à du ‘jardinage énergétique’. EDF achète le photovoltaïque des particuliers à 60 centimes au lieu de dix centimes. Concrètement, j’ai des capteurs sur mon toit et je facture 1800 euros, c’est-à-dire que 1800 abonnés donnent un euro pour mes panneaux photovoltaïques. »

Si les données de consommation sont connues et accessibles, celles des usages domestiques sont aléatoires. Elles sont aussi peu scientifiques que les discours des médecins de Molière. « La réglementation a été élaborée pour faire baisser les consommations. Aujourd’hui, la consommation se divise en trois tiers : 40% de gaz, 30% d’électrique et 30 % de fioul. A la consommation, il faut le dire, l’électrique ne coûte rien. En fait, les centrales nucléaires fournissent 30 % d’énergie et le reste part dans la nature. Mais ça ne dégage pas de CO2 ! La tendance imprimée par la RT 2012, c’est la baisse de consommation entraînée par les chaudières et la production d’eau chaude. Ces économies ont été absorbées par les dépenses énergétiques du multimédia. On n’a pas insisté, à mon sens, sur le coût financier dans ces nouvelles pratiques. L’optimum économique reste décalé par rapport à l’optimum énergétique. » 

La première chose, dans une maison, c’est de bien respirer 

Pourquoi les indicateurs de Comepos seront-ils plus fiables ? « Pour établir ces indicateurs, nous nous installons en limite de parcelle, explique Daniel Quénard. On regarde ce qui entre et ce qui sort : pour l’énergie, les énergies fossiles et les énergies renouvelables ; pour l’environnement, l’eau et les déchets, les effluents ; pour le confort – une notion essentielle à nos yeux – nous relevons les indicateurs de température et de lumière. La première chose, dans une maison, c’est de bien respirer. L’étanchéité de la maison nécessite une bonne ventilation. La question des quantités d’eau dépensées n’est pas secondaire non plus. Il faudra aussi, à moyen terme, intégrer la nourriture car les déchets finissent dans les incinérateurs. En Allemagne, ils sont utilisés pour faire du biogaz et c’est un élément précieux de l’économie circulaire. L’éclairage naturel est également, comme le chauffage l’hiver et les systèmes de refroidissement l’été, un élément de confort déterminant. Il faut aussi ne pas négliger l’acoustique – intérieure et extérieure. Tous les indicateurs de confort seront importants dans les maisons COMEPOS. Pour le chauffage, il y a un phénomène à prendre en compte : celui des parois froides. Une bonne isolation permet de faire baisser de deux degrés la température de confort. C’est vieux comme le monde : les tapisseries d’Aubusson servaient déjà à isoler les parois froides des bâtisses anciennes. » 

Auto-consommer 

Dans une maison, certains éléments dépendent du bâti, tel le chauffage. Mais cles comportements contribuent à sa performance énergétique. Par exemple, une consommation d’eau chaude excessive par négligence ou l’électroménager mal utilisé… » Dans une maison individuelle, poursuit Daniel Quénard, demain, je consommerai l’énergie que je produirai comme un jardinier qui mange les légumes de son potager, qui cueille ses fruits. C’est ce que j’appelle le jardinage énergétique. ERDF et GRDF voudront bien récupérer mon énergie mais pas trop. Je crois que la production locale sera limitée aux réseaux locaux, aux coopérations de voisinage. Produire de l’électricité peut créer des remous dans le réseau. C’est comme envoyer de l’eau à contre-courant dans une rivière, comme l’onde de mascaret dans un estuaire. Avec la maison Bepos, il faudra essayer d’auto-consommer. Ces nouveaux réseaux auront besoin de financement. Lesquels ? On parle évidemment de la solution des « smart grid », c’est-à-dire gérer par les nouvelles technologies de l’information et de la communication tous les acteurs du système électrique… Mais le Rocky Mountain Institute, aux Etats-Unis, a travaillé sur des modèles encore plus pertinents. Aujourd’hui, on parle même de ‘grid defection’ aux Etats-Unis, c’est-à-dire de ‘déserteurs de réseaux’. Les communes sont déjà propriétaires de leurs réseaux d’eau. Pourquoi pas de leurs réseaux d’énergie ? La réflexion évolue aux Etats-Unis vers le micro-grid, vers ce jardinage énergétique. Il est sûr que le trafic sera plus faible sur les grands réseaux. On ne se rend compte qu’on vit des bouleversements considérables. Sait-on que l’électricité nucléaire ne représente que 16 % de la consommation générale, après l’hydraulique (20 %), le fioul et le gaz ? » 

Les nouveaux jalons de la maison, espace de liberté 

Animé d’une foi de saint-simonien dans la bienveillance du progrès, Daniel Quénard, exemples à l’appui, sait partager les enjeux majeurs de Comepos : « Nos indicateurs Comepos sont des balises, des jalons. Bientôt, il faudra, dans la même équation, associer le logement au déplacement. C’est déjà mis en pratique à Chicago : l’indice ‘housing plus transportation’. Il faudra prendre en considération la localisation du bâtiment. Si la maison est économique mais son habitant contraint de faire 50 km par jour pour son travail, tout le bénéfice d’une maison à énergie positive est globalement perdu… Cet aspect de la proximité de la ressource et des pôles d’emplois a été privilégié par Trecobat. Tous les équipements de la mobilité convergent vers la voiture intelligente, double de la maison. Google s’y intéresse. Cela remettra en cause le discours sur l’étalement et ira sans doute à l’encontre des Cassandre actuels. Je crois en l’étalement… Aujourd’hui, avec nos moyens de communication, ça ne veut plus dire grand-chose. Je pense que le logement est le dernier espace de liberté. C’est la raison pour laquelle Trecobat mène une réflexion très pertinente sur la domotique… En rentrant chez soi, on a surtout envie de se libérer.»