La méthode COMEPOS : une philosophie partagée

Le projet, mis en œuvre depuis le 1er octobre 2013, a été conçu pour s’étendre sur la durée de construction d’une maison, de l’acquisition par ses occupants et de l’accoutumance à leur nouveau mode de vie, soit 66 mois. Pourquoi cette longue durée dans un secteur sensible aux attentes du marché ? Les clients, véritables en apprécieront les bienfaits – en termes d’économie et de bien-être -  pendant une période essentielle de leur vie familiale. COMEPOS signifie aussi un changement de paradigme : la transition énergétique ne se réduit plus au seul ‘principe de précaution’ mais invite à la prévoyance. 

 

COMEPOS inaugure une nouvelle méthode de co-production, d’association des compétences. C’est le sens de l’accord de consortium validé par l’ensemble des entités juridiques des vingt-deux partenaires qui sera transmis à l’ADEME. Les retombées pour le confort des Français vont bien au-delà de cette seule initiative et de la maison individuelle.

Le défi : enraciner l’innovation dans l’histoire d’un territoire

Les tâches assignées par l’ADEME dessinent les contours d’une évolution réglementaire vers l’ambition raisonnable de la « Maison à énergie positive », accessible à tous les ménages. Cette maison, économe en énergie, doit en produire. Dix constructeurs s’engagent à construire des maisons innovantes, confortables, bien équipée, frugales en énergie. Aujourd’hui, l’été et les saisons intermédiaires sont plus délicats à gérer que les rigueurs hivernales.

« Le CO2 et l’énergie grise – c’est-à-dire tout ce qui entre dans la fabrication et la mise en œuvre de la maison, son cycle de vie – seront au cœur de la RBR 2020, précise Dominique Duperret de l’UMF. Il faut savoir aussi comment la maison contribuera à fournir de l’énergie. C’est une nouvelle manière d’appréhender la maison individuelle dans son contexte public. L’apport spécifique de l’Union, c’est de réaliser des maisons en harmonie avec les paysages, le climat et la géographie locale, et la tradition régionale, d’enraciner l’innovation dans l’histoire d’un territoire. »

L’implication des clients

Le mode de fonctionnement de COMEPOS repose sur la multiplication des simulations en faisant varier les paramètres, en mesurant les probabilités pour approcher la meilleure vérification de la performance. Actuellement, la facture que reçoit l’usager s’écarte parfois du calcul des coûts prévisionnels. Comme l’indique Etienne Wurtz, « il faut étudier le partage des causes de ce décalage et établir un protocole des mesures de vérification». COMEPOS sensibilise ainsi les accédants aux enjeux de la transition énergétique : la lutte contre le CO2 et l’encadrement de la consommation par le cadre réglementaire RBR 2020. Les maisons qui sont des démonstrateurs doivent être lancées entre janvier et juin 2015, avec une 1ère qui est en cours de construction à côté d’Avignon.

Le Comité de Coordination de COMEPOS, qui compte deux ‘académiques’, deux constructeurs et deux industriels, veille au management du projet. Concrètement, les actions à proprement parler ont été réparties entre cinq groupes : le premier s’intéresse à la définition du bâtiment à énergie positive, le second scrute l’intégration des systèmes innovants, le troisième étudie la conception des maisons à énergie positive, le quatrième couvre la phase de la construction et le cinquième veille aux méthodes et aux outils pour le suivi, dans la durée, de l’ensemble du projet.

L’eau chaude et la maîtrise des équipements ménagers

Pour Jean-Jacques Barreau, qui anime l’atelier de l’UMF sur la ‘Maison responsable horizon 2020’, l’intérêt de ce défi tient au principe de la co-construction avec les clients, les partenaires industriels et les ‘académiques’ : « Les ingénieurs vérifient leurs postulats grâce aux constructeurs. Les constructeurs sont habitués à mettre en œuvre des règles. Dès l’instant qu’ils vont avoir un terrain, évaluer sa meilleure position, ils vont jouer un rôle de conseil dont les clients seront durablement redevables. Aujourd’hui, quand on fait construire une maison, on monte l’enveloppe et on choisit ce qu’on met dedans. Il faut, partir, désormais, sur de nouveaux critères, le choix des matériaux par exemple. »

Les progrès ont été tels en matière d’économies sur l’énergie de chauffage qu’il serait difficile d’aller plus loin. « Il y a deux enjeux essentiels : l’eau chaude sanitaire et la maîtrise de la consommation de tous les équipements ménagers, rappelle Jean-Jacques Barreau. C’est en travaillant sur ces deux postes de dépenses que l’on obtiendra des consommations raisonnables grâce à l’énergie gratuite fournie par la récupération de la chaleur sur l’eau grise des douches, notamment. » Utiliser la douche comme centrale ‘supplétive’  pour le chauffage, par la récupération de 70 % des calories de l’eau chaude, n’est  pas utopique.

Métrologie et météo domestique

En matière de recours aux énergies renouvelables, les gains en consommation se traduisent souvent par un renchérissement de la maintenance. La métrologie permet de mutualiser les fonctions proposées par les autres partenaires industriels : Atlantic, Saint-Gobain, Velux et Vesta-System.Bientôt, les capteurs couplés à des indicateurs permettront de surveiller les consommations d’eau, de gérer les occultants en quantifiant les flux solaires, de calculer le CO2 intérieur total, de piloter les fenêtres verticales et les fenêtres de toit, de doser la ventilation et les coulissants motorisés et de préparer globalement la maison aux variations de météo. « Les algorithmes feront gagner plus de 10% et modifier les usages, indique Jacques Plevin, de Delta Dore. Un gestionnaire d’énergie communiquera toutes les informations indispensables. »

Quatre critères ont été retenus pour juger de l’efficacité d’une maison ‘responsable’ à énergie positive : d’une part, l’énergie primaire non renouvelable et le changement climatique et, d’autre part, la consommation d’eau et la production de déchets. Pour le chercheur Bruno Peuportier, d’ARMINES, référent scientifique du projet COMEPOS, les travaux doivent « atteindre un bilan énergétique positif acceptable par le marché et assurer d’un niveau de confort satisfaisant ». « En amont, dit-il, il faut considérer la zone climatique, la taille de la maison, son occupation, sa forme architecturale. Viser le coût de construction minimal et entrer dans la conception plus  détaillée : l’architecture, les épaisseurs d’isolation, l’inertie technique. Dans la phase d’exploitation, il s’agit de progresser vers la garantie de performance énergétique et d’identifier les paramètres incertains. »

Autre caution scientifique : le grand nombre de doctorants qui travaillent sur le projet dans les Universités  de Savoie, Grenoble, Bordeaux et à l’école des mines de Paris, symbolise le décloisonnement des savoirs et des compétences induit par COMEPOS.

Les membres du consortium COMEPOS

CEA, ARMINES, CNRS, CSTB, POUGET, UMF, CHAMOIS CONSTRUCTEURS, EXTRACO, FOUSSE, IGC, MAISONS FRANCE CONFORT, MAISONS HANAU, MAISONS PIERRE, MAS PROVENCE, TRADIMAISONS, TRECOBAT, ATLANTIC, DELTA DORE, SAINT-GOBAIN, VELUX, VESTA-SYSTEM, VICAT.