Frédéric Wurtz, au titre du CNRS/G2ELab, est responsable du monitoring des sites. Comme Aurélie Tricoire, il a commencé par la maison Mas Provence : « Cette maison a été massivement instrumentée et équipée de 200 capteurs de la technologie Vesta destinés à enregistrer la qualité de l’air et la consommation d’énergie. C’est une maison haut de gamme, pourvue de panneaux solaires et d’une éolienne. De ce point de vue, c’est une bonne maison test pour développer notre expérience. Depuis un certain nombre d’années, au CNRS, nous travaillons sur le pilotage et le monitoring de ces systèmes. Une vingtaine de maisons vont arriver. Nous allons travailler avec des groupes pour la mise au point d’indicateurs :

  1. pour les maisons à énergie positive, celles, même, qui peuvent renvoyer de l’électricité dans le réseau ;
  2. pour mesurer la qualité de l’air intérieur, la présence du CO2 et la quantifier ;
  3. pour mesurer la température intérieure. »

Les scientifiques sont impatients de recueillir les données qui justifient pleinement l’approche Comepos. « Dans la prochaine étape de Comepos, ce que nous appelons le lot n°5, nous allons étudier ces phénomènes à partir du retour d’expérience des académiques, des concepteurs, des constructeurs, des équipementiers et des occupants, les bénéficiaires, au final, de toute cette démarche Comepos, confie Frédéric Wurtz. Sur les maisons occupées, Maison Pierre et Maison Hanau, nous avons longuement planché. Nous avons eu les jeux de données sur cette maison Hanau et le retour des mesures. Or ça nous a permis de détecter des différences minimes. L’habitant, qui sentait du froid à certains endroits de sa maison, a pris une caméra thermique pour s’assurer qu’il n’y avait pas de pont thermique. En réalité, ces imperfections étaient vraiment très minimes. Pas au point de donner une impression de froid. Et nous avons ainsi pu constater, à l’évidence, l’écart qu’il y avait entre le ressenti et les mesures saisies de manière rationnelle. Car le défaut que redoutait l’occupant de la maison n’était pas détectable dans la consommation d’énergie…

Collecte et tri des données

Ce qui est nouveau, dans l’expérience Comepos, c’est que ces maisons sont connectées en permanence sur des outils qui traitent les informations. Cela préfigure les outils de demain quand les résidences seront connectées. Seuls les chercheurs, aujourd’hui, ont accès aux données recueillies. »  

La collecte des renseignements sur les usages ne se borne pas à la mesure des dépenses d’énergie. « Quel est son but ? Le premier, c’est de connaître exactement la qualité de l’air, répond Frédéric Wurtz. Le second objectif, c’est de savoir si la maison est productrice d’énergie. Notre objectif, c’est de mettre au point les méthodologies pour que les acteurs s’en emparent. On se dirige vers un monde où les bâtiments vont envoyer des informations en permanence à une centrale grâce à ces capteurs qui mesurent les performances objectives d’un habitat. Mais pour rendre cette analyse intelligible, parlante, c’est assez compliqué. »

Tout réside dans le soin apporté à l’analyse des données : « Pour donner un sens à ces informations, il faut récupérer les données, les nettoyer. Par exemple, il y a des bruits parasites sur ces capteurs qui peuvent être provoqués par la proximité d’une source électronique, un ordinateur, un appareil électrique quelconque. Pour tout cela, on s’est réparti la tâche entre quatre labos : deux spécialisés en génie électrique, à Chambéry et à Bordeaux et deux autres, respectivement dédiés au génie industriel et au génie thermique. Un doctorant et un post-doctorant, dans chaque laboratoire, filtrent les données et les identifient afin de définir – au terme de ces relevés accomplis dans chaque maison – une méthodologie pour faire parler les indicateurs. »

La nouvelle grammaire du confort moderne

En fait, c’est la grammaire du confort de l’habitat moderne que nous révèlent les intervenants scientifiques sur les maisons Comepos. « Ensuite, les opérateurs s’en empareront, martèle Frédéric Wurtz. Nous sommes l’interface entre les sciences et les techniques informatiques. Notre rôle, c’est de concevoir l’outil scientifique pour faire parler les maisons Comepos. Comepos est un projet pré-industriel qui intervient en amont, dans des maisons hautement et massivement monitorés, pour donner aux méthodologies leur pleine puissance. » Dans le cadre de la RE 2018, l’établissement du référentiel Energie-Carbone, auquel s’adosse le label Energie-Carbone, donne une dimension supplémentaire au travail des chercheurs, des doctorants et des post-doctorants, des responsables de laboratoires et de filières associés à Comepos. Et tombe à point, pour les usagers et les opérateurs de Comepos, la nécessité des retours d’expérience pour préparer la future réglementation.

L'objectif est d’expérimenter la méthode, d’évaluer la faisabilité technique et économique des nouvelles exigences, d’apprécier les besoins en formation, aussi. Cela permettra aux maîtres d'œuvre de préparer l'ultime réglementation thermique qui s’imposera en 2020.

Pour Jean-Jacques Barreau, consultant technique du LCA-FFB, « aujourd’hui, se pose le problème de l’équilibre entre la problématique énergétique et celle du carbone. Il y a un seuil à ne pas dépasser entre le poids carbone au mètre carré à la construction et le poids carbone au mètre carré sur le cycle de vie. Il faut jongler avec les deux réglementations croisées sur le carbone et les performances énergétiques. Une réponse réglementaire uniforme est-elle applicable sous toutes les latitudes ? ».