Les académiques au cœur du projet

Le projet Comepos, avec douze maisons livrées à ce jour à leurs occupants et trois actuellement en construction, a atteint l’âge de la maturité, c’est-à-dire l’étape de l’affinage d’une méthodologie scientifique et fiable afin de mesurer réellement l’impact énergétique et l’empreinte carbone des différents modes constructifs des maisons à énergie positive. L’initiative Comepos, lancée en 2013, entre dans cette phase capitale au moment où, précisément, le gouvernement invite, jusqu’à la fin janvier 2018, l’ensemble des Français et des acteurs de la rénovation à s’exprimer sur une stratégie à long terme conduisant à la neutralité carbone en 2050, le temps d’une génération.

Autre échéance réglementaire : la mise en place du label Energie-Carbone destiné à évaluer la performance des immeubles et des maisons en termes d’émissions de gaz à effet de serre. C’est un double objectif ambitieux qui vise à conjuguer la construction de bâtiments à énergie positive avec l’exigence de diminuer les émissions de CO2. Concrètement, le législateur à définit deux niveaux de performances aux émissions de gaz à effet de serre : le niveau ‘Carbone 1’ - accessible à tous quel que soit le type de maison et de chauffage – accompagnant les acteurs du bâtiment dans la démarche d’évaluation des impacts du bâtiment sur son cycle de vie et de leur réduction ; le niveau Carbone 2 valorisant les opérations les plus performantes par la réduction de l’empreinte carbone des matériaux et des équipements, ainsi que par la réduction des consommations énergétiques.  

En associant toutes les parties prenantes – industriels, constructeurs, académiques et résidents - à un tel défi, Comepos, il y a déjà quatre ans, anticipait cette révolution des mentalités et des usages devenue désormais une priorité nationale. Tous ses résultats sont scrutés afin d’assurer une efficience accrue des méthodes et des modes constructifs. La fiabilité de cette démarche, si elle doit beaucoup aux encouragements des industriels, à l’enthousiasme des constructeurs du LCA-FFB, repose surtout sur la vigilance et la contribution des ‘académiques’, ces scientifiques du CEA, d’Armines, du CNRS et du CSTB. Comme l’avait souligné Etienne Wurtz, le chef d’orchestre de cette philharmonie de la transition énergétique, au cours d’une récente réunion d’étape : « Nous ne sommes pas là pour obtenir des records, pour briller, mais pour atteindre la qualité de l’air et le confort énergétique à un coût du bâti raisonnable. Ce qui compte, c’est la reproductivité des solutions mises en œuvre, leur viabilité autant technique qu’économique ». La veille scientifique du projet Comepos, dont Etienne Wurtz, de l’Ines, a écrit la partition, permet de confronter, dans un climat d’écoute réciproque, d’échanges fructueux, les différentes techniques proposées par les constructeurs et leurs fournisseurs industriels. C’est plus qu’un banc d’essai car, pour la première fois dans ce type de démarche, au-delà du ressenti des occupants des maisons, leurs usages sont analysées. Toutes les innovations sont soumises à l’épreuve du réel.

L’Ines est très présente dans ce dispositif. La plateforme Recherche & Innovation animée par le CEA réunit aussi des laboratoires de l’Université Savoie Mont Blanc et travaille en lien étroit avec les industriels. Ses activités recouvrent l’ensemble de la chaîne de valeur, des matériaux et des composants aux applications : les technologies solaires, l’électricité, la mobilité solaire et les bâtiments à haute efficacité énergétique. Elle est au cœur d’un réseau français et international. Des matériaux jusqu’aux applications, les chercheurs entendent relever un double défi : baisser les coûts de production tout en améliorant le rendement et la durée de vie des technologies. Les principaux axes de recherches s’articulent autour des procédés de purification et de cristallisation du silicium, des cellules innovantes à base de silicium et de matériaux organiques, de nouvelles techniques d’encapsulation des modules et des composants et systèmes pour la sécurité, le diagnostic et la gestion des centrales.

Frédéric Wurtz, au titre du CNRS/G2ELab, est responsable du monitoring des sites. Comme Aurélie Tricoire, il a commencé par la maison Mas Provence : « Cette maison a été massivement instrumentée et équipée de 200 capteurs de la technologie Vesta destinés à enregistrer la qualité de l’air et la consommation d’énergie. C’est une maison haut de gamme, pourvue de panneaux solaires et d’une éolienne. De ce point de vue, c’est une bonne maison test pour développer notre expérience. Depuis un certain nombre d’années, au CNRS, nous travaillons sur le pilotage et le monitoring de ces systèmes. Une vingtaine de maisons vont arriver. Nous allons travailler avec des groupes pour la mise au point d’indicateurs :

  1. pour les maisons à énergie positive, celles, même, qui peuvent renvoyer de l’électricité dans le réseau ;
  2. pour mesurer la qualité de l’air intérieur, la présence du CO2 et la quantifier ;
  3. pour mesurer la température intérieure. »

Le projet Comepos - dont l’objectif original consiste à mesurer l’impact énergétique et environnemental des usages des résidents d’une maison à énergie positive afin d’établir un référentiel crédible en perspective de la RT 2020 - entre dans sa phase expérimentale avec l’inauguration de deux maisons dans le cadre de cette initiative patronnée par l’ADEME. Ces inaugurations, à quelques jours d’écart, début octobre, se situent aux extrémités d’une diagonale hautement symbolique tracée entre Strasbourg et Brest. L’une, construite par Maisons Hanau, est située dans les faubourgs de Strasbourg, à Ostwald ; l’autre a été bâtie par Trecobat, au-dessus d’Océanopolis et du port de plaisance de Brest. Ces deux réalisations, sensiblement différentes par certains aspects de leur conception, ont un point commun : elles visent l’excellence. Elles sont aussi l’aboutissement d’une coopération étroite et suivie entre les constructeurs adhérents du syndicat ‘Les Constructeurs-Aménageurs-FFB’, les scientifiques du CEA, du CNRS, d’ARMINES et du CSTB et un consortium d’industriels tournés vers l’innovation, tels Atlantic, Delta Dore, Velux ou Saint-Gobain.

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Changement d’ambiance à Brest, sous un ciel radieux, pour l’inauguration de la ‘Villa E-Roise’, qui scellait, le 12 octobre, la participation de Trécobat à l’initiative Comepos. Ici, tous les collaborateurs de Trecobat avaient été mobilisés pour l’événement. Les journalistes parisiens, arrivés par l’avion du matin, avaient rejoint l’ensemble de la presse régionale conviée à la conférence de presse, rue Peter Blake. L’événement dépassait même le cadre régional. La maison Comepos a été construite dans un joli lotissement boisé qui domine le quartier d’Océanopolis et le port de plaisance où Olivier de Kersauzon s’était jadis illustré dans la restauration des plaisanciers. C’est là que se tiennent, tous les quatre ans, les célébrissimes ‘Fêtes maritimes’ de Brest.

Le 6 octobre, Judith et Florent Richard recevaient avec une cordialité chaleureuse, toute alsacienne, leurs premiers visiteurs dans leur maison d’Ostwald, paisible commune voisine de Strasbourg. Le jeune couple, attentif aux enjeux écologiques, a deux enfants : une fillette de sept ans et un garçon de trois ans. La maison respire l’harmonie. Elle leur ressemble. Judith Richard l’a dessinée autour d’une cuisine vaste et lumineuse, vitrée, ouverte sur le salon du rez-de-chaussée, entouré d’un petit jardin, dans ce quartier arboré. L’agencement des chambres, à l’étage, privilégie le bien-être, sans ostentation.